D’ici mars 2018, nous avons l’objectif de créer une quinzaine de start-up sociales

– Entrepreneuriat social, que signifie au juste ce concept ?
L’entrepreneuriat social est une façon d’entreprendre, qui place l’efficacité économique au service de l’intérêt général. En d’autres ter..

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– Entrepreneuriat social, que signifie au juste ce concept ?

L’entrepreneuriat social est une façon d’entreprendre, qui place l’efficacité économique au service de l’intérêt général. En d’autres termes, lorsqu’on parle d’entreprise sociale, on désigne une activité économique qui répond à une problématique sociale ou environnementale, n’étant réglée ni par le marché ni par l’Etat.

L’entrepreneuriat social peut prendre plusieurs formes : une application qui permet d’acheter les invendus des restaurants de proximité à moindre coût pour lutter contre le gaspillage alimentaire, la fabrication de pesticides naturels à base de purin d’ortie, etc. Ce mode entrepreneurial peut être présent dans tous les secteurs de l’économie.

Ce concept est récent (depuis les années 90) et n’a pas une définition unique qui fasse consensus. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’une entreprise sociale trouve une réponse entrepreneuriale à un besoin social/ environnemental, tout en conciliant deux impératifs indissociables : un modèle économique viable et un impact social qui doit se mesurer.

– Vous avez lancé depuis octobre 2016 le programme «Impact@Work», destiné à 2000 étudiants âgés entre 18 et 25 ans dans les campus d’Alger, Oran et Boumerdès. Quel est le bilan ?

Nous sommes aujourd’hui à la seconde édition de notre programme d’accompagnement Impact@Work que le Centre algérien d’entrepreneuriat social a mis en place, pour rappel, en partenariat avec Enactus et la fondation CITI. Jusqu’à ce jour, nous comptons pas moins de 2000 étudiants inscrits à notre programme sur les trois wilayas.

Nous sommes présents au total dans 17 universités et écoles supérieures: EPAU, USTHB, ESI, USTO, Belgaïd, INH, etc., pour ne citer que celles-là. Nous avons organisé plus de 80 formations et ateliers durant ces 14 mois dans des domaines aussi variés que l’analyse financière, l’étude de marché, le Business Model Canvas, etc.

Mais la particularité de notre programme est qu’en plus de dispenser les outils méthodologiques de base de la création d’entreprises, nous consacrons une grande partie de ce programme aux sorties sur le terrain, durant lesquelles nos étudiants vont à la rencontre de leur population cible, de leurs futurs clients, font des interviews, des immersions pour en savoir toujours davantage sur les besoins de ceux pour qui ils conçoivent des solutions.

Nous démarrons chaque année avec environ une quarantaine de projets d’entreprises sociales portées par nos étudiants. A l’issue de plusieurs mois d’accompagnement et de trois phases de compétitions, nous sélectionnons les projets à plus fort impact social pour ensuite les incuber.

Cette incubation est aussi une particularité dans ce programme. Il ne s’agit pas uniquement de sensibiliser les étudiants à l’entrepreneuriat et de développer leurs compétences entrepreneuriales et managériales, mais aussi de créer un réel impact à travers la création d’entreprises et donc d’emplois.

Pour notre première promotion d’incubation, nous avons retenu une dizaine de projets d’entreprises à impact social dans des domaines comme l’éducation, le recyclage, l’assainissement de l’eau, l’aide à la personne, etc. L’objectif est d’arriver à ce que tous ces projets incubés soient transformés en entreprises après mars 2018. Et croyez-moi, nous travaillons main dans la main avec nos étudiants pour y arriver.

Enfin, je ne peux pas parler du bilan de Impact@Work sans mettre en valeur le travail extraordinaire effectué par nos coachs et formateurs. Ils sont au nombre de 80, de profils divers (académiques, entrepreneurs, salariés, institutionnels), chacun ayant apporté une expertise métier, du conseil, du temps, de la mise en réseau, pour que les projets d’entreprises de nos étudiants puissent se concrétiser.

– Vos équipes se composent de combien de professionnels ?

Comme mentionné précédemment, nous avons impliqué pour une première année 80 professionnels pour coacher et former nos équipes d’étudiants en création d’entreprises. Notre réseau de professionnels s’étend de jour en jour. Parmi celui-ci, nous comptons des comptables, des experts financiers, des marketeurs, mais aussi des entrepreneurs.

Tous nos coachs se sont engagés à titre personnel et ont émis le souhait de partager et transmettre leur savoir et compétences, mais aussi, chose très importante, faire profiter nos étudiants de leur réseau. Dans le cadre de notre programme d’incubation, nous ambitionnons d’impliquer davantage d’entreprises.

Pour ce faire, nous voudrions mettre en place un programme de mécénat de compétences, dans lequel les entreprises mettraient à disposition de leurs salariés de façon volontaire un service de projets d’intérêt général, tels que développés dans notre programme.

Nous pensons que les opérateurs économiques ont un rôle essentiel à jouer dans l’émergence des nouvelles générations d’entrepreneurs, en transmettant leur savoir, en partageant leur expérience, ou, pourquoi pas, en finançant des projets de start-up sociales pour lesquelles les dispositifs de financement classiques sont peu appropriés.

– Quelle est votre méthodologie pour l’évaluation des besoins en développement local et quels sont les secteurs prioritaires pour vous ?

Notre programme Impact@Work s’appuie sur la méthodologie développée par l’ONG Enactus, dont le but est de développer l’esprit entrepreneurial et d’encourager l’engagement des jeunes au service de leur société. Afin de répondre aux besoins sociaux les plus pressants de notre pays, nous incitons nos étudiants à sortir sur le terrain dès le début de leur réflexion.

Ces sorties que nous encadrons ont pour but d’aller au plus près des problématiques, de les décortiquer et de rencontrer surtout les personnes affectées par ces dernières.

Durant cet exercice, nos étudiants collectent toutes les informations sur les conditions de vie des populations pour lesquelles ils conçoivent des solutions. Ces informations portent sur le volet économique (le niveau de vie, les sources d’emploi dans la région), social ( les caractéristiques démographiques, le niveau d’études), et environnemental (pollution, gestion des déchets).

Il existe plusieurs méthodes pour parvenir à ces informations : les recherches documentaires, l’immersion, l’interview, toutes ces méthodes ont pour but de développer l’empathie envers leurs futurs utilisateurs. Une fois compris l’environnement de leurs futurs utilisateurs, ils détectent des opportunités sur lesquelles ils peuvent s’appuyer pour concevoir leurs solutions : les compétences professionnelles, le tissu social, des opportunités marché, etc.

Aussi, les besoins identifiés par nos étudiants doivent obligatoirement répondre aux 17 objectifs du développement durable, objectifs que les Etats membres (y compris l’Algérie) doivent tenir à l’horizon 2030. Ces derniers sont formulés autour des dimensions économiques, sociales et environnementales des populations. En se basant sur ces objectifs de développement durable, nous encourageons nos étudiants à investir des secteurs d’avenir, comme la valorisation des déchets, le recyclage, la mobilité, l’autonomisation des femmes, etc.
– Quelles sont les étapes pour le lancement d’une start-up ?

Nous entamons notre programme d’accompagnement par une première phase qui est l’idéation. Durant cette phase, nos étudiants identifient la problématique sociale/environnementale pour laquelle ils envisagent de trouver une solution entrepreneuriale. Ce sont généralement des problèmes dont nos étudiants sont victimes, ou bien ils préfèrent aborder un problème dans une région qu’ils connaissent bien ou dont ils sont issus.

Une fois que la source du problème est identifiée (à ne pas confondre avec la conséquence), nos étudiants procèdent en équipe à l’idéation, c’est à dire au fait de trouver une solution créative et viable économiquement à la problématique, et ce, à travers plusieurs méthodes de brainstorming. Une fois la solution créée, ils passent à l’étape du Business Model Canvas Social.

Il s’agit d’un outil qui permet de formaliser la stratégie de son entreprise et de voir les différents enchaînements entre les composantes de ce canevas : les partenaires, les ressources-clés, les sources de revenu, la relation client, etc. Cette étape du BMC est importante, car c’est le premier passage de l’idée vers la concrétisation de son projet d’entreprise.

La seconde étape consiste à prototyper son produit ou son service, en d’autres termes produire un modèle original de la solution que nos étudiants commercialiseront. Une fois le produit réalisé, vient ensuite l’étape du MVP, Minimum Viable Product, dont l’objectif est de tester rapidement son marché et à moindre coût. Il s’agit durant cette étape d’identifier quelles sont les personnes susceptibles d’acheter notre produit et de tester avec eux ce produit sur le plan commercial (sont-ils prêts à l’acheter, quels sont leurs feed-backs, etc.)

Enfin, la dernière étape consiste en la commercialisation du produit et la mesure de l’impact social. Comme il s’agit de start-up sociales, l’objectif est de mesurer l’impact social dun produit. Par exemple, mon produit a permis de réduire de combien de pourcentage l’émission de taux de CO2, de scolariser combien d’enfants qui étaient en décrochage scolaire, etc.
– La finalité de votre programme est la mise sur pied d’entreprises productrices. Avez-vous concrétisé des projets ?

A l’horizon mars 2018, nous avons l’objectif de créer une quinzaine de start-up sociales. Aujourd’hui, nous avons une dizaine de projets incubés qui doivent se transformer en entreprises à l’issue de cette date

– L’employabilité des diplômés algériens demeure au cœur de l’actualité. Que pourriez vous apporter dans ce domaine ?

A l’employabilité, nous préférons la voie de l’entrepreneuriat. Notre centre s’est fixé pour mission d’accompagner l’émergence de la première génération d’entrepreneurs sociaux en Algérie. Il est évident que tous les milliers de diplômés qui entrent chaque année sur le marché du travail ne deviendront pas tous entrepreneurs, mais si nous réussissons à accompagner un infime pourcentage à devenir des entrepreneurs, à travers des programmes tels que le nôtre, nos efforts n’auront pas été vains.

Ayant côtoyé des centaines d’étudiants depuis le début de cette aventure, je peux vous dire que tous sont angoissés à l’idée de trouver leur premier emploi. Il est clair que le marché du travail ne peut pas absorber le nombre d’étudiants diplômés chaque année, et bon nombre parmi les étudiants que nous avons accompagnés l’année dernière ne trouvent toujours pas de travail six mois après l’obtention de leur diplôme.

Il y a ceux qui poursuivent 5 ans d’études dans les hydrocarbures et qui travaillent, une fois diplômés, dans des crèches ou écoles privées en tant qu’assistants. Si nous parvenons à faire comprendre aux 2000 étudiants que nous avons et continuons à accompagner que le salariat n’est pas un choix par défaut, nous estimons que nous avons réussi notre mission.

Aussi, à travers notre programme, les étudiants que l’on aura accompagnés pourront faire valoir cette précieuse expérience, une fois placés dans des entreprises. Ils peuvent valoriser des compétences peu développées durant leur parcours académique : comment travailler en équipe, comment chercher et obtenir coûte que coûte l’information, comment surmonter les difficultés administratives, comment prendre des initiatives, ou vendre son projet devant des professionnels. Ces compétences sont évidemment de nature à améliorer leur employabilité par la suite.

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